Deux rapides en une semaine: Montbron et Clermont Saint Jacques, 11 et 13 novembre 2016

Michel SAUCEY

      

Faire deux rapides aussi proches, cela m'a rappelé le temps où j'écumais tous les tournois à la chasse aux prix dans un rayon de plus de 200 kms autour de Limoges. Les organisateurs rivalisaient d'ambition pour attirer de beaux plateaux de joueurs.

 

Avec la crise, une mode de l'entre-soi est arrivée, on a fait de petits tournois locaux d'amateurs sans rien ou presque à gagner. Les prix catégories ont sensiblement augmenté. «Il font du social » grinçait le MI Vincent David, lorsqu'il voyait défiler ces prix qui lui rognaient son prix au général. C'était un nos moyens principal de subsistance et il faut bien admettre que cette politique nous a coupé les pattes. J'ai ralenti mes déplacements: Jouer dévore une énergie terrible et le lundi, on est complètement dans le coaltar. Pour jouer gratis, internet est très bien.

 

Un beau circuit de parties rapides perdure en Poitou Charente: Les veinards. Il y a une bonne participation et les spectateurs s'agglutinent autour des premières tables pour suivre les fins de parties.

 

Dernière ronde de Montbron: Je jouais le MI Xavier Bédouin. Il ne devait pas être dans une grande confiance car il venait de perdre contre une de ses élèves. Ce sont des choses qui arrivent quand on a de la conscience professionnelle.

Il aurait pu gagner mon pion f6 et plus tard dans la partie, prendre une qualité et m'écraser complètement mais il a préféré l'avantage d'un pion. «J'ai voulu assurer un solide avantage sans risques» Avec des adversaires de ce calibre, un fois que vous avez vu la mort, en général, il n'y a pas de rémission. Pendant la partie, je n'en revenais pas d'avoir autant de chance. Au échecs, l'opportunisme n'est pas un défaut et je suis arrivé à réaliser la seule idée que j'ai pu avoir dans cette partie: Atteindre la septième rangée avec ma tour et limiter la mobilité du roi. Là, tout content d'avoir sauvé la nulle, j'ai répété les coups par 36.Te7 Rf8 37.Tc7 Re8 1/2.J'ai raté un gain relativement simple.

 

 

J'avais fait une série sur le mat en finale dans la semaine avec mes élèves mais arrivé sur ce cas pratique, je n'ai pas pensé à fermer le réseau avec 36.Fh3!. Joué, ce coup m'aurait rempli d'allégresse car il n'y a rien de meilleur que les parties volées. L'idée principale après 36 Fh3! 36...Td4 37 Te7 Rf8 38 Fd7! force le sacrifice de la tour.

 

Sur la lancée, je suis allé m'imposer au rapide de Clermont deux jours plus tard, mais c'était une petite édition avec 25 participants. On a les victoires qu'on peut.

Le tournoi sur les nuages. Août 2016

Michel SAUCEY

 

Participer à un tournoi vous met toujours sur la sellette. Le favori ne pourra plus arborer son fier regard s'il a connu quelques défaites dans sa compétition. De même, le deuxième série se sentira humilié d'aller s'asseoir sur les dernières tables aux milieu des débutants car il a perdu les premières rondes.

Les conversations des joueurs d'échecs tournent autour de leur performance et ils fouillent les grilles américaines des opens postées sur le net pour suivre les résultats de leurs copains.

 

Pour éviter les blessures de l'amour propre, on peut jouer en ligne. Là, vous pouvez enchaîner les contre performances, caché derrière votre pseudo, mais le regard des autres vous manque. S'il peut vous affliger, il sert aussi de moteur.

Les sites, pour garder leur clientèle, vous font jouer des robots programmés pour perdre quand vous êtes dans une mauvaise série. Ce qui n'existe pas dans le monde réel ou vous pouvez vous enfoncer sans retenue.

 

Je privilégie les petits tournois, où j'ai plus de chances de figurer. Participer à de grands opens, où dans le meilleur des cas je finirais cinquantième en ayant gagné quelques points élos est une perspective qui me motive peu. Cinquante maîtres suent sang et eau pendant une semaine. Ils sont de véritables artistes dans leur domaine mais une dizaine seulement seront dans le palmarès et s'en sortiront. Pour les autres, c'est une semaine perdue. L'important, c'est de participer est une maxime que j'entends beaucoup auprès des enfants qui se trouvent toujours de bonnes excuses. En étant adulte, on est obligé d'être un peu plus réaliste.

 

Souvent, mon niveau de jeu baisse lorsque je joue des forts joueurs. Contre eux, bien sur toute erreur est sanctionnée mais, je ne sais pas, je pars perdant, je suis trop impressionné. Ils jouent rapidement des coups objectivement moyens mais en montrant une grande confiance en eux. Leur attitude sur la table de jeu me perturbe, j'ai des difficultés de concentration et il m'arrive souvent de jouer de vilaines parties lorsque je les affronte. Etre un champion, c'est avoir l'esprit dominateur. C'est pour cela qu'Il est difficile de mener une carrière de joueur d'échecs car il faut garder le moral au beau fixe malgré toutes les petites misères qui vous attendent tout au long de la vie. D'un autre coté, ces maîtres ne sont pas des personnes faciles à vivre car ils ont une trop grande opinion d'eux mêmes. 

 

Jouer aux échecs est avant tout une introspective mais on est aussi tourné vers les autres.

Comme, un ouvrier peut juger un collègue à sa façon d'attaquer un tas de sable avec une pelle, il m'est arrivé, à l'issue d'une partie, de ressentir une certaine sympathie pour mon adversaire : La façon ingénieuse dont il s'est sorti d'un mauvais pas, son courage, sa ténacité. Inversement, d'autres m'ont paru de bien tristes sires, avec qui je m'efforcerai d'éviter tout types de relations. C'est impressionnant comme le roman sans paroles qu'est une partie d'échecs  peut dégager comme informations.

 

J'ai mon circuit de petits opens et Arette en fait partie.Les organisateurs sont sympathiques, ils privilégient l'amateurisme mais c'est un sentiment général en France. L'open se joue à la station, c'est rocailleux,mais on a un beau panorama, on est souvent au dessus des nuages.

Le cru 2016 a vu une bonne participation, certainement due à la proximité du championnat de France à Agen. J'ai perdu une partie rapidement et mon vainqueur a continué à un train d'enfer jusqu'à la fin, ne me laissant aucune chance de le rattraper. J'ai joué des partie marathons.Je suis toujours surpris par la résistance que peuvent m'opposer des joueurs ayant 200 points élos de moins que moi. Même si je m'obligeais à jouer des débuts tranchants, pour conclure vite dans les complications contre des adversaires normalement plus faibles, ma nature reprenait le dessus et le jeu s'orientait vers un long jeu de tranchée. J'étais toujours le dernier à finir.

Michel SAUCEY
Promotion difficile

Espalion, juillet 2016.

 

Lorsque je m'inscris à un open, je me fixe un objectif minimal. J'avais visé la troisième place et un score de 7 sur 9. Avec deux grands maîtres devant, cela ne me laissait pas beaucoup de marge. Mon projet aurait pu capoter avec cette position perdante contre un jeune classé 1600 dès la première ronde.

Michel Saucey

 

 

Ensuite, avec bien sûr quelques péripéties, cela s'est déroulé selon mes plans, sans que je sois vraiment satisfait de ma prestation.

 

L'Aveyron est l'été une terre d'échecs avec le classique open de Saint Affrique et plus encore maintenant avec la naissance d'un second open à Espalion.

L'organisateur est un ancien président fédéral et il s'est fait assister de sa vielle garde. Il connaît les notables locaux et les portes se sont ouvertes pour les joueurs d'échecs.

Le tournoi de blitz, en marge du tournoi a eu lieu dans un café de la ville. Le rapide s'est déroulé à la tour de Masse, une magnifique tour du moyen age. Elle servait de grange à grain pour l'abbaye voisine. Nous avons partagé un repas dans la salle centrale du château. La remise des prix a eu lieu à la mairie.

Saignes, juin 2016

 

C'est un petit rapide de fin de saison. Il a lieu dans une salle des fêtes hors d'âge. La moitié des participants se retrouvent à midi au restaurant dans une ambiance amicale. Un cas de conscience se pose. Faut-il ripailler avec les autres ou se réserver car la transition sera difficile pour passer du convive affable au compétiteur quelques instants plus tard.

Bien qu'on soit au fin fond du Cantal, on y trouve des joueurs aguerris et c'est bien ce que j'avais pressenti, la lutte a été dure toute l'après midi.

 

A la remise des prix, tout le monde se retrouve sur l'estrade et on fait monter les lauréats sur un podium mais cette année, il était abîmé. On est tous reparti avec un morceau de Salers. On sent bien le désir des organisateurs de créer du collectif.

Michel SAUCEY

Open d'Hossegor, mai 2016

Michel Saucey

 

Plein de petits tournois en mai. Celui d' Hossegor en 7 rondes sur 3 jours est plutôt compact,

En partant, j'imaginais pouvoir passer du temps à la plage. Évidement, Je suis resté plutôt à suer sur l'échiquier.

 

Les participants étaient , soit des papys, soit des jeunes revenant des championnats de France. En général, les seconds faisaient souffrir les premiers. Pas de surfeurs: Ils ne doivent pas aimer plus les échecs que les footballeurs.

 

Ils ont beaucoup construit, sur cette cote. J'ai même réussi à me perdre, la nuit, dans mon village de mobil home: Ils sont alignés et se ressemblent tous. L'été, cela doit être une ruche.

Le cadre reste agréable, donnant sur un long weekend, un avant goût des vacances d'été.

 

Je suis arrivé à monter sur le podium, à la même place que la dernière fois, sans montrer une grande qualité de jeu. Dans ce genre de rallye, il faut surtout être tenace.

Gonfreville: Le Championnat de France jeune, avril 2016

ECHECS

 

 

 

Dans ces championnats jeunes qui sont en fait de gros opens par catégories de 90 participants, il faut accéder aux podiums pour sortir de l'anonymat.

 

Et même si on finit dans les trois premiers, à part une courte notoriété, on a pas grand chose à espérer avec des finances fédérales dans le rouge: Un championnat international pour le champion avec un staff technique réduit au minimum. Et encore, cela dépend des catégories.

 

Bien sur, même avec une dixième place, on peut se faire octroyer une bourse avec le titre de meilleur espoir régional.Pour cela, il faut avoir des parents dirigeants dans les comités départementaux ou dans les ligues et cela reste anecdotique.

 

Les joueurs d'échecs professionnels adultes emploient toute leur énergie. On s'assoit à la table avec l'idée de vaincre, même si la lutte doit durer des heures. On frise le pathologique. C'est pour cela que c'est un métier difficile.

 

Dans les petites catégories, c'est toujours un peu délicat de pousser des enfants à ces combats sans merci. Ils sont encore dans le jeu et dés que la tension est trop forte, ils trouvent des échappatoires. Les enfants sont conservateurs et la plupart évitent les confrontations violentes. Ils choisissent des variantes sans risques et attendent la faute de l'adversaire. Le jeu des adolescents se rapproche plus du jeu des adultes.

 

Bien sur, la préparation en amont est importante mais le comportement à la table de jeu compte énormément.

 

Les entraîneurs ont donc un rôle délicat de psychologie.

 

L'organisation

 

Gonfreville est une ville sportive dans la banlieue du Havre. Belles installations sportives, vastes salles de jeu et confortable espace ligue sous chapiteaux pour les entraîneurs. On pouvait aller faire des parties de foot pendant la pause de midi.

 

L'inscription est passée à 50 euros, une forte augmentation pour financer des vigiles. On paie la sécurité.

 

On peut déplorer que les grands jouaient dans une salle sans tribunes et sans accès pour les spectateurs.

 

On était deux entraîneurs pour les 14 participants limousins. On avait fait plusieurs stages du groupe espoir durant l'année, on se connaissait tous. Ses stages ont été profitables et les élèves ont fait de gros progrès tout au long de l'année. Ils font du travail personnel et ils sont passionnés. Je suis satisfait de leur prestation.

 

La matinée, de 10 h à 12h ,on faisait la préparation des adversaires sur les bases de données, des exercices ou des révisions sur les ouvertures. Après leurs parties, les jeunes venaient analyser avec nous. C'est là que cela commençait à être difficile: 1326 participants et Jordi, un salarié fédéral, avait fait des badges à tout le monde. Cela devenait extrêmement bruyant de 16 h à 20 h. Une cour de récréation est plus bruyante qu'un chantier avec marteau piqueur et là on y était. Très difficile d'analyser dans ces conditions.

 

 

Les collègues

 

Les échecs sont en plein essor, comme en témoigne cette énorme participation. J'en ai profité pour faire une petite enquête. Comme toujours, les situations des entraîneurs sont hétérogènes.

 

Les indépendants: Les auto entrepreneurs et ceux qui ont créé leur entreprise profite de la vague et voient leur activité augmenter. Il faut faire du bon travail, ne pas compter ses heures et être très disponible. Il y a une certaine disparité selon les régions et certains vous expliquent avec une certaine suffisance qu'ils sont surbookés et ne bougent pas une oreille à moins de 50 euros de l'heure.

 

 

 

Les salariés de clubs sont plus en difficulté. Les subventions sont en baisse et les parents veulent souvent du tout gratuit. Ils estiment qu'ayant payé leurs impôts, leur effort pour la communauté s'arrête là. C'est donc là qu'on trouve les situations les plus délicates.

 

Beaucoup disent, salariés comme indépendants, qu'ils ne gagnent rien sur ces championnats car les indemnités sont minimes mais c'est un endroit où il faut être pour avoir une continuité sur le travail engagé dans l'année.

 

Bonne année 2016 !

Michel Saucey