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Cours d'échecs

Le maître Vincent David, août 2022

 

Je faisais ma tournée des petits opens locaux et j'en gagnais un paquet, souvent sans opposition réelle.

Un jour, à Poitiers, un groupe de jeunes bons joueurs apparut. Ils avaient déjà un certain niveau et Bouvier m'annula sans difficultés en jouant une ouverture pourrie. Je compris tout de suite que ma tache serait désormais plus rude dans le poitevin.

 

Les échecs sont comme les montagnes russes, un coup, il peut y avoir une embellie dans le clermontois et çà coule, un autre moment, c'est le bordelais. Cela dépend beaucoup des structures locales, des subventions, de l'engagement ou de la disparition de certains dirigeants, des animateurs, des entraîneurs, de la motivation des jeunes mais en général, c'est instable.

 

Isolé dans un désert échiquéen, occupé par mes cours pour débutants et ma famille, mon niveau a stagné. Ces jeunes étaient talentueux et devinrent tous MI ou MF.

Bouvier après avoir souffert dans l'animation aux échecs partit gérer un café, Saada entra dans l'éducation nationale, Mullon alla faire de la politique fédérale à Paris. Il se plaça, selon ses propos, « sous la gouttière»; C'est à dire proche du pouvoir, d'où ruisselle l'argent.

 

Vincent David resta sur place et devint entraîneur. Mauvaise pioche. C'était un collègue, chasseur de primes dans des tournois alimentaires. Il fit ses normes lorsqu'il reçut une promesse d'embauche à temps plein comme entraîneur à Belfort mais Touzé était un employeur impossible et il revint vivre dans la précarité dans la région centre.

Je le retrouvais sur mon parcours et pouvais le jouer dix fois dans l'année. En rapide, il était très doué. Son point faible était son répertoire stable et facile à préparer.

A la table de jeu, il avait l'air fragile d'un oiseau sur une branche. Il était instable psychologiquement et j'avais un jour été gêné par ses tremblements et son apparente douleur physique lors d'une partie qui tournait en ma faveur.

J'avais des résultats potables contre lui mais s'il m'avait plus poussé dans les zeitnots, il m'aurait battu plus souvent.

 

Moingt, un socialiste arriva à la présidence fédérale, la pente vers l'amateurisme était déjà marquée mais apparurent alors des discours sur les vilains professionnels et les tournois gratuits et ceux réservés au moins de 2200 proliférèrent.

 

Un apartheid des joueurs contre leurs champions locaux.

Un milliardaire à 1200 pouvait entrer, un sans domicile à 2200 était exclu. Ils aimaient pas leurs chefs, ni les premiers de la classe et voulaient se retrouver au club entre eux, entre galériens des échecs. Ils ne voulaient pas que le meilleur gagne. Ils voulaient célébrer un gars comme eux, un gars qui travaille la semaine et qui est à trente pour cent le samedi, pas un type qui révise ses variantes et arrive frais pour les expédier. Ils m'avaient expliqué, n'avoir rien contre moi en particuliers: «T'es un gars très gentil mais on ne veut pas de professionnels dans nos tournois». Même pour les cours, ils préféraient les bénévoles: Des extrémistes.

 

Pour comprendre le monde, intéressons nous à l'économie.

 

Pleins de tournois gratuits, des compétions jeunes avec des buvettes.

Lors d'un petit open, ma fille d'une dizaine d'années m'avait expliqué: «C'est super, les buvettes, au lieu de mettre les sous dans la caisse, tu les mets dans ta poche». Je lui avais dit que je ne voulais plus la voir aller «aider» à la buvette. Tout le monde n'a pas mes scrupules.

 

Dans ma ville, la personne la plus véhémente pour la gratuité et l'exclusion des professionnels gérait la buvette. Cette buvette marchait très bien. Grillades, frites, boissons alcoolisées à gogo. Des cinquantaines de participants, de nombreuses manifestations, pas d'impôts, pas de contrôle.

Il y avait les subventions et les cotisations et pas de frais, les cours donnés par des bénévoles. Aux assemblées générales, quelques vieillards assoupis validaient les comptes.

Les associations, il n'y a pas mieux pour gratter. Pas la gratte honnie des joueurs professionnels, une autre gratte, une gratte de gestionnaires.

Les politiques municipaux venaient faire des discours sur l'engagement bénévole.

Dans ce club d'échecs, la question fut mis à l'ordre du jour par un gars ambitieux qui voulait faire le ménage. Pourquoi, depuis des années, la même personne gérait elle la buvette? Il y eut un gros clash.

Les meilleures choses ont une fin.

Peut être un cas particuliers, il y a des bénévoles intègres idéalistes mais en général méfiez vous des discours angéliques.

 

Cette période de gratuité forcenée dans les tournois ne dura pas, peut être une dizaine d'années. Cela s'atténua au fil du temps.

 

Des bons joueurs d'opens furent impactés. Le GM Marciano voyant l'open de Mont de Marsan passer à moins de 2200 déclara que la France devenait le pays le plus intolérant du monde et arrêta sa carrière. Plein d'autres suivirent, forcés.

Les maîtres avaient investi des années pour étudier le jeu d'échecs et en tirer un revenu et ces politiques changèrent les règles et leurs ressources tombèrent.

 

Les discours gauchistes firent fuir de gros sponsors privés. Plus de tournoi à l'aveugle à Monaco et à Paris, le Nao, le meilleur club français, berceau de Vachier Lagrave s'évapora.

 

Notre équipe nationale fut même impliquée dans une triche pour toucher des primes de matchs. La dèche touchait les meilleurs joueurs français; Ce fut certainement cette vilaine histoire, étalée dans les journaux qui coûta son poste de président à Moingt, ce grand bavard.

 

Ces réformes expulsaient les pauvres;

Les petits tournois primés leur permettaient de continuer à étudier le jeu et d'espérer atteindre l'élite. En coupant ces portes, seuls les gens fortunés continuèrent à jouer.

A la façon de Coubertin, «l'important c'est de participer», entre fortunés.

 

Le top 12, ce sont des amateurs entre 2200 et 2300 aux frais défiscalisés qui se font étriller par des professionnels étrangers. Le principe est de trouver pour les équipes des gens imposables pour que cela ne coûte rien au club. Par le biais des niches fiscales sur le remboursement des frais dans les associations, l'argent public finance la domination des échecs par la classe aisée.

 

Parenthèse, il y a beaucoup d'enseignant à la fédération et comme dans l'éducation nationale, ils font passer les leurs en priorité. Je n'ai pas fait le pedigree de tous nos champions mais les jeunes GM Demuth et Lagarde, des joueurs doués au demeurant, ont un parent enseignant.

 

Le drame de Vincent David était qu'il vivait seulement de ses gains en tournoi et de ses cours.

Ces politiques de la terre brûlée lui cassèrent le moral et le tuèrent. Il tomba dans la misère totale et se retrouva dans l'impossibilité de payer ses factures. La période la plus dure pour nous était l'été car il n'y avait pas de cours et il disparut en automne, à la reprise. Il ne savait pas gérer ses papiers et n'avait pas les minimas sociaux. La baisse des prix dans les tournois. Il m'en avait parlé. En Loire atlantique, 200 participants avec une inscription à 10 euros et un premier prix bloqué à 150. Ils diluaient les prix ou gardaient de gros pourcentages pour les clubs. Dans des régions entières, il n'y avait plus un sou à gagner dans les échecs. Des salauds avaient pris leur bâton de pèlerin pour prêcher partout la bonne parole, le tout gratuit.

 

 

Après son décès qui semblait un suicide, des campagnes furent menées sur le net pour prétendre qu'il était mort de ses vices. Le seul vice qu'il avait était d'aimer le jeu d'échecs et de vouloir en vivre.

Tout le monde l'a oublié maintenant mais je fus choqué par son décès soudain.

Madrid, la guerre contre les démocraties? Juillet 2022.

Ce dernier tournoi des candidats fut le cavalier seul de Nepomniatchi; Les meilleurs joueurs mondiaux après des mois de préparation semblaient incapables de lui poser un quelconque problème. Plusieurs joueurs  jouèrent bien en dessous de leur niveau normal contre lui. Des spécialistes avancèrent différentes hypothèses. Il aurait le pouvoir d'hypnotiser ses adversaires. Il profiterait du travail fait lors du précédent cycle. Il serait sous coté. Pourtant lors de son dernier match contre Carlsen, il fut particulièrement minable. Après les premières défaites, Nepomniatchi s'était mis à plat ventre et son jeu ressemblait à du sabordage.

 

Une hypothèse plausible serait la corruption ou l'intimidation des participants par les politiques. Les dès pipés et le vainqueur décidé d'avance.

 

Les états participants: D'abord, l'Iran par l'intermédiaire de Firoudja récemment arrivé en France, la Chine et la Russie, des dictatures en guerre contre l'occident. Ensuite venaient la Hongrie et la Pologne, des démocraties faiblissantes tenues par des nationalistes d'extrême droite. Pour finir l'Azerbaïdjan, un état belliqueux et Radjabov un personnage peu touché par l'esprit des lumières; Les deux américains étaient en minorité.

 

Le totalitarisme s'infiltre dans tous les aspects de la vie individuelle. Pas question qu'un juif possiblement homosexuel d'un pays capitaliste décadent gagna le tournoi. Un russe issu de de la bonne école patriotique ferait l'affaire.

 

Le spectacle était pitoyable, ils semblaient de petits écoliers heureux habitués à baisser la tête devant les dictateurs.

 


Deux génies échappés de la lampe, mai 2022

michel saucey

 

 

Il y a un tropisme pro russe chez les joueurs d'échecs car les maîtres russes font l'actualité échiquéenne depuis plus d'un un siècle. Des faits devraient nuancer cet attachement.

 

L'inscription ce mois ci sur la liste des personnes visées par les sanctions américaines de deux anciens joueurs de l'élite mondiale, Lautier et Karpov, n'est pas une surprise.

Les compromissions du monde échiquéen avec le régime de Poutine ne datent pas d'aujourd'hui. En 2015, l'ex président la FIDE, un proche de Poutine en place durant 22 ans, a été touché par les sanctions américaine et a du démissionner. Aucune banque ne voulait plus abriter le compte de la FIDE. Certains tournois d'échecs étaient simplement sponsorisés par des mafieux du pétrole.

 

L'agression de l'Ukraine par les troupes russes a été condamnée par les instances fédérales mais les joueurs russes pourront continuer à jouer sous drapeau de la FIDE. Difficile de renier complètement ses anciens maîtres.

Voyant l'extrémisme de Poutine monter, Lautier et Karpov auraient dû abandonner leur position.

 

Déjà durant l'ère soviétique, Karpov aimait le pouvoir fort, centralisé et il montrait peu d'empathie pour la dissidence.

Devenu député à la Douma, il a voté l'invasion de l'Ukraine.

 

Lautier était fatigué d'analyser les finesses positionnelles de la berlinoise, il a obtenu un poste important dans la finance moscovite. Un pari risqué, la Russie est surnommée par les économistes: «Une station service équipée d'ogives nucléaires»

 

Avec peu de diplômes, Lautier avait peu de possibilités d'insertion en France. Un champion d'échecs de niveau mondial a une grosse capacité de travail et est capable de prendre les meilleures décisions dans un environnement conflictuel; Il a eu ses entrées chez les russes.

Quand Poutine exterminait les populations syriennes et tchétchènes, Lautier s'enorgueillissait d'avoir réussi sa reconversion et s'affichait comme un golden boy dans les magazines économiques.

 

Poutine a agrégé contre lui les puissances occidentales en agressant l'Ukraine et s'est montré un piètre stratège en matière militaire.

Comme un dictateur antique, il élimine ses élites pour assurer son pouvoir et offre les têtes pour calmer le peuple. Sale temps pour les mouches.

 

Fini les négociations en dollars et les propriétés en occident. Voilà nos deux compères transformés en mauvais fous de cases noires. Un comble pour des grands maîtres! 


Guerre froide au grand prix de Berlin, février 2022

Les chinois sont bloqués dans leur dictature à partie unique pour cause de stratégie zéro covid, dommage pour leur belle équipe de prétendants. 

 

Une occasion pour l'armada russe de revenir à l'assaut du titre mondial. Il y en avait un ou deux par poule. Les pépinières d'échecs russes soutenues par le régime font émerger les talents et ils sont nombreux dans les tournois qualificatifs.

 

Les américains utilisent une autre méthode. Tout en aidant un peu leurs joueurs locaux, ils achètent les bons élèves dans le monde entier et les font concourir sous leur bannière.

 

En Europe de l'ouest, l'amateurisme est plébiscité et les sponsors sont rares. Les quelques champions épars et sans soutien ont du mal à s'installer dans l'élite internationale.

 

Ce tournoi a été un complet fiasco pour les russes car le marché s'est imposé avec deux américains en finale. L'un d'origine japonaise et l'autre Aronian venant d'Arménie. Nakamura, le lauréat, parlait dans une interview de son début de parcours dans une poule « facile » avec deux russes et un français. Bacrot, notre français a fait vingt cinq pour cent contre les russes et n'a rien lâché contre l'américain mais Nakamura a réussi à se sortir du piège. Après le reste a été presque plus facile.

 

Mjchel SAUCEY

Nous n'aurons certainement pas de représentants des démocraties d'Europe de l'ouest au tournoi des candidats. Il y a bien Firoudja pour la France mais il a été formé en Iran, un pays peu sympathique au niveau politique, alors il ne compte pas.

 

Ces grands maîtres policés issus des régimes nationalistes font bonne impression mais dans les pays dont ils sont la vitrine, c'est le martyr des opposants, l'agression des pays voisins, les populations écrasées.

 


Les points élos arrêtent la covid, janvier 2022.

Les championnats du monde de blitz et de rapide en Pologne étaient superbes. Vachier Lagrave a sorti son épingle du jeu. Chessbase India a capté les émotions et les moments importants de ces événements en vidéo.

C'étaient des tournois de masse et de nombreux seconds couteaux s'étripaient dans l'arrière cour pour tacher de récupérer quelques miettes du festin, au grand bonheur des internautes, ravis d'assister à la curée. 

 

Michel SAUCEY

Aux échecs, le moindre point faible dans la défense et l'ennemi s'y engouffre. La prophylaxie est une mesure très importante. Quelques champions d'échecs, voyant des menaces arriver de partout ont même fini paranoïaques.

Mais dans ces championnats, les joueurs ont été imprudents. En pleine explosion de la pandémie, ils enlevaient leurs masques pour jouer. Comme chacun sait, les virus sont amoureux du beau jeu et font la trêve pendant les parties. Nakamura, un des meilleurs américains, testé positif quelque temps après et sorti du tournoi, toussait tranquillement sur ses adversaires. Un cluster au milieu des meilleurs joueurs mondiaux.