Les cours

cours d'échecs

Mes tarifs

24 euros de l'heure pour les cours collectifs.

 

 

Michel Saucey

Les cours en club auprès des jeunes :

cours d'échecs

  

 

 

 

 

Les enfants privilégient leurs intuitions, leurs habitudes. Ils sont émotifs, téméraires ou conservateurs indépendamment de la situation du jeu. Le métier d'entraîneur d'échecs est délicat car il doit apprendre à des élèves naturellement portés vers les prises de décisions irréfléchies à raisonner calmement.

Les parents s'irritent de voir leur enfant obtenant de bons résultats à l'école faire régulièrement des contre performances. Les efforts intellectuels demandés aux échecs sont plus intenses que ceux requis dans le monde scolaire.

Seuls une pratique régulière et des entrainements fréquents en cours particuliers et collectifs peuvent remédier au manque de maturité. S'ils veulent donner une chance à leurs rejetons de briller, les parents doivent sacrifier beaucoup de temps et d'argent pour les accompagner dans les compétitions et dans les différents cours.    

 

Un club structuré a des groupes de niveaux: Les débutants (première année). Les intermédiaires (deuxième année) et les confirmés (plus de deux ans).

(J'ai animé une belle école d'échecs avec ce format à Pau Henri IV. )

 

Dans le troisième groupe viennent les enfants au alentour de 1500 Elo et le cours s'étoffe. Il est nécessaire qu'ils obtiennent des succès sinon arrivés à l'adolescence, ils vous lâchent et le club perd ses effectifs.

Cela semble super cool de papillonner d'une activité à l''autre mais être novice n'est pas de tout repos. Après le plaisir de la découverte, arrivent les apprentissages et cela passe par de nombreuses défaites.  

 

 

Les ateliers d'échecs dans les écoles publiques

L'animateur en milieu scolaire était considéré comme une pièce interchangeable. Il était posé comme une rustine pour quelques semaines. Les réunions où se prenaient les décisions se faisaient sans concertation des intervenants avec des personnes qui ne visitaient jamais les ateliers. Les maitresses pouvaient demander des animations dans n'importe quel domaine, la mairie se chargeait de recruter. Pour lutter contre la monotonie, les conseils d'école rivalisaient d'imagination et mes collègues travaillaient avec des intitulés d'ateliers parfois fantaisistes. Devant la masse de chômeurs, pourquoi se gêner? Le mot d'ordre était le changement permanent.

La mairie organisait avec son service de la vie scolaire la souffrance au travail. Lorsque les élections municipales furent perdues dans ce sanctuaire socialiste, je vis des habitants de mon quartier populaire crier leur joie. Je ne les rejoignis pas car il étaient peut être d'extrême droite.   

 

Pour que les échecs fonctionnent, le temps est nécessaire. Commencer avec des cours élémentaires, faire durer le cours toute l'année et au bout de cinq ans, les effets d'intégration du jeu se font sentir. Les enfants viennent à l'école contents parce qu'il y l'atelier d'échecs. Vous ancrez vers six, sept ans le plaisir du jeu en eux et arrivé en cours moyen, ils gardent ces souvenirs positifs et poursuivent l'activité. Cela se fait dans pleins de pays mais en France, ils n'ont que le souci de l'ordre, que les enfants marchent en rang par deux, même si il y a des analphabètes dans le lot. Ils sont obsédés par leurs combats syndicaux rétrogrades. Seuls les titulaires des diplômes de l'éducation nationale doivent pouvoir accéder à l'école. Surtout ne laisser personne d'autre y mener des activités régulières. Ils font passer ces impératifs avant l'intérêt des enfants.

 

En général, lorsque j'arrivais dans une école ils m'envoyaient des garçons de cours moyens en début de désocialisation. Ils ne savaient pas quoi en faire de ceux là. Les échecs, c'était bon pour eux. C'était l'inverse, il aurait fallu les suivre sur plusieurs années, depuis leur entrée dans l'école.

En suivant ce procédé de long terme, même sur des populations difficiles d'enfants de banlieues dures, les résultats seraient excellents.

Cela demandait des moyens et l'éducation nationale et les municipalités avaient d'autres impératifs.

 

Les anciens maires de Limoges embauchèrent nombre de titulaires avec une vision à court terme électoraliste et la municipalité se retrouva avec un personnel pléthorique en sous emploi pour des décennies. La municipalité avait un budget complètement déséquilibré par la charge salariale.

Ces gens là étaient difficilement recyclables et c'était pitié de voir les employés municipaux se trainer à ne rien faire dans les différents services. Au centre culturel, ayant observé des salariés pendant des années, j'avais été incapable de définir leur fonction. De beaux parasites qui coutaient cher à la collectivité.

Quelques années auparavant, vous pouviez donner votre dossier dans une administration en toute confiance, vous saviez que l'agent était plus ou moins communiste et allait chercher une solution pour vous aider.

Désormais, avec la préférence nationale et le racisme anti pauvre bien établis, vous avez toutes les chances de vous faire sacquer. Habiter dans une cité et être précaire, c'est déjà être coupable. 

 

Tous les deux mois environ, ce beau monde sortait dans la rue avec leurs camions pour le traditionnel défilé et bloquait la ville pour montrer sa force et conserver son statut privilégié. Ils se trimbalaient avec des drapeaux rouges mais les idées lepénistes étaient ancrés chez nombre d'entre eux. Un jeune de mes connaissances s'était fait embauché dans un service technique de la mairie. Comme il n'avait pas de voiture et n'avait pas son permis, ses collègues le surnommait "Le roumain". Etre roumain, pour ces abrutis, c'était la pire des déchéances. 

 

Nouveaux entrants, les animateurs vacataires étaient sous payés. La période d'intervention scolaire était rognée au maximum. L'espace géographique aussi, à un moment, j'avais été envoyé dans tous les secteurs de la ville, ensuite juste dans les quartiers déshérités.

 

En composant un beau temps partiel, un vingt heures par semaine, c'était un métier fatiguant à cause des déplacements incessants. Une heure ici, une autre là. 

Il n'y avait aucune ouverture de droits au chômage ni à la retraite car le nombre d'heures d'activité était toujours en dessous du nombre requis. Les lois écrasaient les plus faibles. Ma paie était petite et je pouvais prétendre aux minimas sociaux. 

 

J'étais au plus bas degré de l'administration. Sur mes fiches de paie de la mairie était inscrit le grade zéro, pas sympa de la part de leur comptable.

  

A l'inverse de l'armée de glandeurs municipaux, chaque minute effectuée, l'animateur était employé à fond, il avait des enfants à garder, il n'y avait pas de temps mort. La mairie découpait l'année scolaire en courtes périodes, en raison d'un cours par semaine. Une fois qu'ils avaient appris le mouvement des pièces et compris le fonctionnement de l'atelier, qu'ils étaient autonomes, il fallait changer d' élèves. Travailler toujours avec des supers débutants, c'était épuisant.

  

D'après la théorie économique, la productivité des employés est meilleure la première heure et décroît au fil de la journée.

Les cadres des collectivités territoriales optimisaient la masse salariale.

Des armées d'intervenants étaient embauchés dans les écoles à temps partiel quelques heures par semaine, avec des plannings bizarres, un peu comme des caissières de supermarchés.

   

Pour le vacataire, il n'y avait aucune possibilité de dialogue social car il ne faisait pas le poids devant son employeur, la grosse municipalité. Il s'écrasait car il était assis sur un fauteuil éjectable. La moindre récrimination et il ne recevait pas le contrat l' année suivante. Les syndicats n'existait pas pour ce sous personnel. Ils réservaient leurs services aux titulaires.

    

Au départ, j'étais surtout intéressé par les compétitions. J'avais pris cet emploi pour rester dans le même domaine, m'assurer un statut social, pouvoir présenter quelques fiches de paie et éviter d'être obligé de prendre un emploi contraignant. Je regardais cette activité d'une manière détachée. En bas de l'échelle sociale, je savais ma prestation éphémère et mal rémunérée. Je n'avais pas peur de la perdre. Mes revenus importaient surtout mes résultats dans les tournois le week-end.

Malheureusement, des sortes de gilets jaunes avant l'heure arrivèrent dans les clubs pour se servir la soupe et les tournois primés ont disparu, faisant un grand tort aux professionnels régionaux.

Les cours devinrent alors ma principale source de revenu.

  

Dans les écoles ils me laissaient libre d'organiser les ateliers à ma convenance. Peut être étais je mal payé mais pendant une heure dans la classe j'étais le maitre à bord. 

Pour le problème du peu de considération sociale, Il n'y avait pas d'autre façon de survivre que de se détacher. Je m'impliquais dans ce métier car les enfants n'étaient pas responsables de l'organisation générale et je devais donner du sens à mon emploi pour pouvoir l'effectuer.

 

S'il restait un espace de liberté, c'était encore dans la classe d'école primaire. Les gamins n'étaient pas encore formatés même si les parents s'y employaient assidument: Nombre de gosses suivaient le grand prix automobile le dimanche après midi, en famille.

 

J'avais essayé dans les ateliers de créer l'engouement pour le jeu. Avec des débutants, je n'avais pas réussi à les faire s'impliquer. Ils avaient une façon de se défausser, de rester superficiels qui rendait cet objectif impossible. J'avais quand même eu de bons moments. La classe ressemblait parfois à un tripot. Les enfants étaient toujours prêts pour la rigolade. J'essayais d'éviter l'ennui dans mes classes. Je lâchais la bride, tentait d'avoir une classe active mais il fallait faire attention que le cheval ne s'emballa pas. En général, mes ateliers étaient bruyants et les enseignants me regardaient avec des airs de reproche.

 

En acceptant des conditions d'emplois détériorés, les précaires effrayaient le personnel établi, les fonctionnaires. Ils voulaient des collègues au même statut qu'eux.

C'est un phénomène observé par les sociologues, un pourcentage des employés bien installés sont agressifs envers les travailleurs pauvres.

Les plus faibles brimés par des cégétistes! Ce n'est pas étonnant que les pauvres ne votaient pas à gauche. 

Les enseignants étaient des gauchistes pour la plupart, je n'avais pas été agressé mais dans certaines écoles, il fallait me débrouiller par moi même. 

 La porte de votre classe était fermée à clefs. Je devais trouver la femme de ménage pour l'ouvrir; L'école fermait pour x raison mais personne ne me prévenait; Le personnel m'ignorait. 

"Les animateurs ratent leur bus et ne me préviennent pas. "disait la directrice avec l'intonation d'une bourgeoise se plaignant de la qualité de son petit personnel de maison. Elle se mettait en grève cinq fois par an pour être augmenté. Pour le prix de la prestation d'un intervenant, elle n'aurait pas bougé un doigt. 

Je me rassurais en ne trouvant pas enviables ces fonctionnaires enfermés à vie dans une structure. Déjà à la fin de mon intervention, au bout d'une heure, j'étais au bord de l'explosion et j'étais comptant de partir.

 

J'étais aussi employé par des associations et j'eus des déboires et quelques bonnes surprises. Le président d'une association, le directeur d'école, un militant d'extrême gauche avait multiplié mon tarif habituel par trois. Un planqué, la moitié de l'année il était absent. Il obtenait des congés pour des formations ou pour se présenter en creuse aux élections. Il arrivait vaillamment à deux pour cent. A mon regret, il fut remplacé par le président de la chambre de commerce et ma paie retomba au plancher.

 

Les directrices d'écoles disaient être débordés par les taches administratives et ne voulaient pas se charger des ateliers. Décision prise certainement en accord avec leurs combats syndicaux. C'était très gênant, les intervenants étaient dépendants des professeurs pour la composition des groupes. Ils connaissaient les enfants et pouvaient équilibrer les ateliers. 

 

En maintenant l'atelier plusieurs années dans une école, les familles connaissaient les échecs, envoyaient les petits frères. D'une année sur l'autre, les enfants étaient heureux de revenir. Il fallait du temps pour mettre en place des relations. Les directrices et les encadrants municipaux pouvaient sélectionner une équipe de bons animateurs. Non, les services de la vie scolaire choisissaient de suivre leur plan de gestion, le grand bazar et les cartes rebattues chaque année. 

 

Les services des interclasses et temps après la classe étaient souvent réorganisés. Il fallait toujours s'adapter.

Avec des appellations ronflantes comme aménagement du temps de l'enfant les ateliers avaient lieu à des heures impossibles, le soir après les cours. Il y eut quelques avancées: Le gouvernement Hollande avait demandé de faire entrer les activités périscolaires dans le temps scolaire. Il y eut des tentatives de rapprochement. Des classes avec leurs enseignant étaient venus voir les présentations des ateliers. Il y eu des crédits ouverts pour organiser des manifestations les mercredis après midi. C'était vital pour la qualité de mon travail et avoir plus d'heures d'intervention mais les syndicats avaient réagi violemment (Les maîtresses: "Nous ne donnerons pas nos classes" devant le rectorat) et le gouvernement avait reculé lâchement.

  

L'animateur était très dépendant de la qualité du personnel enseignant. Son cours se passait bien si les maitresses avaient su calmer les tensions entre les élèves dans les classes.

 

Quand la direction de l'école créait une ambiance sécurisée dans l'établissement, les enfants étaient plus concentrés et enclins à apprendre.

C'était sensible au retour des vacances, c'était la foire et deux jours après, les maitresses avaient remis les élèves au travail. 

 

Il était possible d'être un enseignant imposteur et de jouer la montre. Méthode à suivre : Faire longuement l'appel; Rappeler les règles de discipline; Faire un cours sur une notion simple et la reprendre toute l'heure. Hurler quand un enfant se balançait sur sa chaise et à la moindre conversation. Dix minutes avant la sonnerie, faire soigneusement ranger la salle et les pièces dans les boites. Sortir de la classe avec des élèves calmes et bien rangés par deux. Un surveillant thématique plébiscité par la direction. Il y avait un bémol, l'animateur devenait impopulaire et n'avait plus le nombre requis d'élèves, il était viré.

   

les écoles de quartiers populaires

Mon premier jour dans une école populaire, j'assistais à une scène incroyable.

C'était à Beaubreuil, quartier sensible bien excentré du centre ville de Limoges. Dans la grande cour, en plein soleil, les enfants étaient éloignés les uns des autres et des enseignants criaient qu'ils allaient procéder à une fouille corporelle générale. La scène me rappela fortement Furyo, le film sur un camp de rééducation japonais durant la deuxième guerre mondiale. J'étais choqué mais j'ai pu comprendre en interrogeant plus tard les enfants durant l'atelier qu'un enfant c'était fait voler son sonotone. Cette mise en scène était certainement supposée impressionner le voleur. Comme entrée en matière, cela m'avait refroidi.

Les enseignants étaient rudes dans cette école et les règlements interdisaient aux enfants de circuler dans les couloirs après la sonnerie. J'avais laissé des gosses sortir pour aller aux toilettes et attrapés par un enseignant, ils avaient pris une baffe. J'avais pensé un moment que j'avais affaire à une équipe d'enseignants racistes mais ils avaient certainement instauré ces règles pour éviter les vols et les dégradations constantes. Il y avait cent pour cent d'étrangers dans cette école pour ainsi dire. Ils ne se seraient pas permis de frapper sur des français de classe moyenne, cela aurait fait tout de suite des histoires.

 

J'intervins une dizaine d'années dans cette école. Une stabilité inhabituelle car ils ne me laissaient pas longtemps exercer aux mêmes endroits. Une enseignante de l'équipe qui connaissait les échecs m'avait soutenu auprès de la directrice. La règle de la torgnole si un enfant était pris à trainer seul dans les couloirs persista. L'équipe enseignante avait du arriver à ce genre d'expédient pas très légal devant le nombre d'incidents. Des mesures radicales de protection, le syndrome de l'école assiégée, les petits m'avaient parlé de cas d'incendiaires.

 

Dans les conflits entre élèves, le langage était très cru et pour des broutilles, après les insultes sur leurs mères venaient très vite des bagarres. Ils s'envoyaient vraiment des coups de poings et j'étais obligé de les attraper pour les séparer. Après ces quelques coups échangés, l'ambiance redevenait normale. Si la majorité des enfants n'étaient pas aussi nerveux, ils étaient spectateurs de ces violences et ils vivaient tous dans un milieu conflictuel et angoissant. 

  

Ce n'était quand même pas Alcatraz, je vis beaucoup d'enfants heureux et rayonnants. Ils ne semblaient pas conscients de la misère de leur existence. 

C'étaient beaucoup de musulmans et comme les enfants catholiques des écoles privées, à force d'entendre parler d'amour de Dieu toute la journée dans leurs familles, beaucoup étaient placides, calmes et dans l'entraide. 

Comme chante Sting, "les russes aiment aussi leur enfants". Le tempo était plus lent. J'avais des effectifs réduits. Si le niveau général était plus faible qu'en ville, il y avait des enfants intelligents et bien éduqués, peut être issus de familles aisées, qui avaient subi des revers de fortune. Ce qui sauvait cette école, c'était une mixité sociale relative car certains habitaient dans la zone pavillonnaire proche. 

Ma première année dans cette école s'était mal passée. Comme souvent, ils m'avaient inscrit de grands garçons peu civilisés, comme si le jeu d'échecs allaient les socialiser. Je vis la directrice en lui parlant de mes difficultés et elle me conseilla de virer les plus pénibles. Je m'exécutais et elle me téléphona pour m'expliquer que le nombre d'enfants était inférieur au nombre réglementaire, donc l'atelier était annulé. J'avais trouvé le procédé cavalier. Quelques années plus tard, elle me redemanda mais elle fit attention de ne plus m'envoyer les cas désespérés.

 

Dans la salle des professeurs, il y avait toujours des chocolats fins, des croissants, tout un tas de friandises appétissantes et odorantes. Chaque enseignant devait ramener des mets délicats comme à la SNCF, les cheminots ramenaient des bonnes bouteilles pour les pots d'entreprise. Cela devait être un supplice pour les élèves lorsqu'ils passaient devant ce palais de la gourmandise car la porte restait toujours grande ouverte et ils étaient affamés et se partageaient des soupes chinoises déshydratées. Ils étaient plus tendus en fin de mois, c'était sensible.

Les enseignants étaient toujours en grève pour demander des salaires plus importants mais jamais pour relever les minimas sociaux. Ils sortaient des drapeaux rouges mais n'étaient pas des communistes, ils défendaient juste leur intérêt catégoriel. 

Ce serait plutôt le fossé entre les deux classes qu'il faudrait combler. En les voyant, ces gamins, je pensais aux années d'après guerre où l'état faisait des distributions de nourriture dans les écoles.

Une élue socialiste nous avait fait assister à une exposé sur l'état sanitaire des enfants à Beaubreuil. Ils avaient des carries. Beaucoup étaient mal suivis médicalement. 

 

Aux portes ferrées, une école sans mélange social, juste des pauvres. C'était mon quartier, j'étais arrivé en avance. C'était une école d'application. La moitié du temps, j'entendais la maîtresse hurler. Elle criait comme on crie sur des chiens. Cela ne pouvait pas être une solution, ils allaient prendre en haine l'école et la société.

Mes élèves étaient du genre à brûler des poubelles et à chaparder dans le centre commercial du coin. Mauvais tirage. L'enseignante habitait dans une bicoque à une vingtaine de kilomètres mais j'étais leur voisin.

Je comprenais leur dégout de tout. Je ne voulais pas de problèmes. J'étais resté sympathique et je n'étais arrivé à rien avec eux. J'apportais des médailles et des coupes pour les faire jouer mais çà marchait mal. Ils étaient costauds et le rapport de force était risqué. En passant après un dresseur de fauve comme cette maîtresse, la transition était difficile. Surpris, ils m'avaient dit que je n'étais pas assez sévère.

 

Je connaissais cette école. J'y avais envoyé ma fille. Un jour, un élève fit ses besoins dans la bibliothèque et je ne voulus plus l'y inscrire. Le symbole était trop fort.

Des mamans non musulmanes, amenaient leurs enfants en pantoufles leurs enfants et venaient les chercher le soir dans la même tenue, c'était déprimant. Il y avait un seul enfant blond et athlétique dans l'école, c'était un enfant éprouvette. Ayant eu le choix, la maman n'avait pas pris du tout le type de son mari, un brun rabougri. Elle avait du choisir un donneur avec un gros QI.  Que devint cet enfant? Un bon cas pour étudier la part de l'inné et de l'acquis dans la destinée humaine.   

 

J'avais des nouvelles du quartier par l'intermédiaire de mes filles. Peu communicatif, je restais dans la cité sans interférer avec  le voisinage mais les enfants créèrent des rapports sociaux. J'appris que la voisine n'était pas la fille de ses parents. Clandestins, ils avaient pris un enfant sous le bras pour passer la frontière et espérer plus facilement obtenir des papiers arrivés en France. Dans un immeuble proche, une tripotée d'enfants logeaient chez le grand père éboueur mais les parents étaient bloqués en Algérie. L'étage dessous, un père avait ramené sa fille en Afrique noire et l'avait fait exciser. A son retour, elle décéda. Elle eut droit à deux lignes dans le journal associatif de la cité.

Toujours dans cet immeuble proche, des filles restaient seules de longs mois, la mère ne supportait pas de rester sans activité et partait faire des voyages d'affaires. Encore, il y eut un drame lorsqu'elle décéda dans un accident.

Des gamines jouaient au pédo avec mes filles dehors. Je m'interrogeais et j'étais allé demander: "Qu'est que c'est un pédo?" Elle m'avaient montré un type habillé bizarrement au loin et partirent en criant : "Le pédo! Le pédo". Les filles ne jouaient pas au loup, elles jouaient au pédo, quel monde! Les mères ne parlaient que de pédos.

 

Les jeunes du collège voisin caillassaient les voitures passant en contre bas, ils se croyaient en Palestine. Le Pole emploi du coin s'était fait incendier. Une tour aussi avait failli partir en fumée. J'étais logé pour rien mais la voiture se faisait vandaliser sur le parking. Le centre social était dévalisé pendant les week-ends. Les ivrognes et les toxicos urinaient dans les escaliers. Les gosses faisaient sauter les plombs dans les couloirs, il fallait marcher dans le noir. Impossible d'éduquer ses enfants dans un milieu pareil, je partis.

Quand vous passiez, vous voyiez une cité amorphe mais des drames s'y jouaient en sous main et les enfants en étaient les principales victimes.

 

Il y avait différentes classes sociales chez les étrangers dans ce quartier populaire. Les sans papiers, ceux qui avaient les papiers et touchaient les minimas sociaux, ceux qui avaient les papiers et un emploi. Les gens avaient la manie de se classer et ils se snobaient entre ces différentes catégories.

 

Beaucoup d'enseignantes gardaient le masque de la colère imprimé sur le visage. Il y avait une ligne droite et elles s'y tenaient. Je me demandais où elles trouvaient leur conviction.

Ce métier me rendait plus autoritaire, c'était une déformation professionnelle.

Je ne savais pas crier. Il fallait utiliser son ventre. Si je persistais, je devinais aphone. Ce n'était pas en accord avec ma façon de voir l'éducation.

Les professeurs proches de la retraite étaient esquintés. J'étais allé voir la directrice pour me plaindre des élèves après un atelier mortel car les pièces avaient volé par la fenêtre. Elle pleurait. C'étaient les élèves de sa classe, elle avait supporté le chahut toute la journée.

  

Il y avait une grande inégalité entre les écoles de quartier et les proches écoles élémentaires des villes pavillonnaires. Cinq kilomètres et le monde changeait. Les bâtiments, les équipements, d'un coté dataient; Tout bétonné, longs couloirs froids, peintures bon marché défraichies. De l'autre, des matériaux de dernière génération, de jolies décorations. Ces quartiers, une colonie de l'intérieur. Une population de laisser pour compte. Le décalage était flagrant.

A Limoges il y avait les affiches rassurantes, la solidarité est dans nos gênes.

  

 

La réunion d'information

Michel SAUCEY

Comme souvent, les animateurs périscolaires étaient conviés à une réunion à la mairie de Limoges. J'avais la sensation d'être dans dans la file d'attente du secours populaire. Des looks pauvres. Des filles avec leur bébés. Ces jeunes faisaient partie du quart monde. Vu leur dégaine, il devait y avoir des camés dans le lot.

  

Devant notre assemblée misérable, le conseiller municipal socialiste entama un discours un discours sur le thème :

 

" Vous ne faites pas ce métier pour l'argent mais par passion".

Il n'avait pas tort, vu ce que nous étions payé, il fallait bien se raccrocher à quelque chose mais j'avais trouvé ces propos cyniques.

Cet élu avait des passions terrestres et vivait dans une confortable maison dans les faubourgs chics et ses gosses ne mirent jamais les pieds dans les écoles délabrées des quartiers. 

 

 


 

 L'école ouverte aux personnes de bonne volonté. Les jeunes en difficulté d'insertion, les mères de famille, les retraités en manque de vie sociale: Un concept issu des assemblées participatives difficile à appliquer sur le terrain. Les enfants étaient accommodants, ils aimaient les nouvelles têtes mais le métier nécessitait de la sécurité, des compétences et de la continuité.

  

Jeune, j'assistais à une réunion d'animateurs au centre culturel. Les intervenantes âgées se plaignaient de voir leurs nombre d'heures diminuer. La disparition progressive programmée, chaque année, un peu moins d'heures. 

J'avais voté la grève mais j'étais minoritaire. Qu'est ce qu'un centre culturel sans ses animateurs vacataires? Une coquille vide. Les jeunes et les femmes sont les principaux pourvoyeurs des métiers de l'animation. Des catégories sociales dominées. Il n'y a pas de mouvements collectifs de revendication. Cette société corporatiste de la guerre de tous contre tous est rude. 

   

  


Les cours particuliers

 

Qu'est ce qui fait courir les joueurs d'opens ? 

 

Gagner une partie d'échecs leur procure des plaisirs inégalés.

 

Je viens de remporter un tournoi. Je marche sur l'eau. Un camé dans la rue me jette un regard complice, croyant que je suis shooté. Sans produits illicites, j'arrive à des moments de joie incomparables. Bien sur, l'euphorie ne dure pas et si je gagne souvent, cela ne me fait plus rien et je dois remporter des évènements plus prestigieux pour ressentir quelque chose. Il n'y a pas de recette miracle.

L'entrainement prime et rien de mieux que des rendez vous fréquents avec un spécialiste aimable pour réparer les trous de votre répertoire, vous encourager et vous motiver à l'étude. Prendre le temps d'analyser une position et détailler les raisonnements qui mènent aux meilleurs coups.

 

Des gens, passés au club, m'avaient avoué n'avoir jamais joué avec un être humain. Ils avaient appris les échecs sur leur téléphone. Ils sont repartis. Ils préfèrent le monde virtuel.

Les robots nous fidélisent ; Ils sont  disponibles. Ils nous encouragent à chaque petit pas en avant. Ils nous donnent un classement au dessus de votre valeur. Ils nous laissent gagner contre des adversaires fictifs. Nous avons sur l'écran toujours plusieurs propositions et nous pouvons zapper dès que nous sommes confrontés à une difficulté. Nous disposons de vidéos faites par de super grands maitres mais les leçons s'adressent à un public vaste, le niveau n'est pas adapté.

La machine nous propose des jeux de vitesse qui ont plus affaire avec de la dextérité qu'avec de la réflexion. Elle veut nous garder avec elle.   

 

N'interagir qu'avec des automates laisse dans le néant. L'intelligence artificielle annonce les meilleurs coups avec des évaluations. Elle n'explique pas encore comment  les trouver. 

 

 

 

Peu d'élèves suivent des cours particuliers dans la région. Les limousins ont peu l'esprit de compétition et pensent le jeu d'échecs comme un loisir. Dans la capitale régionale, Limoges, il n'y a pas plus de cinquante personnes intéressées par les échecs. Sur les statistiques du club, il peut y avoir plus de licenciés mais c'est artificiel. Les élèves sont licenciés lorsqu'ils participent à une rencontre académique. Des licences à cinq euros, cela permet de réclamer des aides.

La plupart des joueurs d'échecs s'inscrivent au club surtout pour trouver un lien social. Comme ces gens qui promènent leur chien avec l'espoir d'entrer en contact avec d'autres propriétaires d'animaux. Comme formateur, cette superficialité est irritante. 

 

Les subventions servent à faire des tours en voiture et des repas entre amateurs. La demande pour un entraineur est minime dans cet environnement. Au plus quelques heures pour des animateurs.

 

Trop d'enfants font les pitres dans les cours collectifs. Ils gardent les mauvaises habitudes prises dans leurs collèges et ne  s'intéressent qu'à interagir avec leurs camarades. Le rendement est faible. Les effectifs jeunes sont clairsemés. Il n'y a pas d'adversité; Ils sont champions régionaux sans efforts.

Les entrainements adultes, c'est le grand vide. 

 

Devant les résultats affligeants d'un gamin aux championnats, j'avais proposé des cours particuliers. Sa mère s'était mise en colère: « Non, dans ce cas là, je préfère qu'il arrête l'activité! ».

 

Dans des régions plus compétitives, les clubs prennent en charge les cours particuliers de leurs éléments les plus prometteurs.

En limousin, les présidents de club y sont réticents. D'où des écarts de niveau patents avec les autres régions.

Internet rend le monde accessible et je ne suis pas dépendant des petits potentats locaux . 

  

Une élève limousine avait fait sa généalogie, espérant trouver une lignée prestigieuse. Elle était déçue : "Que des bouviers! Aussi loin que j'ai pu remonter! ". Elle était chic dans son tailleur serré mais sa physionomie ne trompait pas: Trapue, un peu courte sur pattes et un gros nez. Tout à fait adaptée pour courir derrière les bestiaux.

 

Ne blâmons pas les limousins. Dans les écoles privées, je ne manquais pas d'élèves. Dans les quartiers aussi mais il était difficile de les faire sortir de leur cité.

L'entraînement d'équipes

La plupart des joueurs ne s'entrainent pas. Ils ne sont pas motivés par l'étude, se sentent dépassés devant  l'immensité de la tache et essaient de se maintenir en pratiquant. Ils sont fainéants et jouisseurs et trompent leur ennui avec les émotions liées au jeu. Les adultes ont une approche du jeu très proche de celle des enfants.

Leur vie échiquéenne est une suite d'humiliations. Après leurs défaites, les gars se mettent en colère mais ne font rien pour améliorer leurs résultats.

 

Après vingt ans de pratique, les voilà comme des poules devant un couteau au troisième coup de l'ouverture. 

 

En suivant un entrainement collectif au club, vous apprenez une méthodologie, des techniques de travail.

Des séances de deux heures sur de longs mois sont nécessaires pour espérer des progrès si vous n'avez pas un métier prenant ou une famille étouffante. Ce jeu demande de la disponibilité.

 

En analysant des positions en groupe, vous comparez votre niveau d'analyse avec celui de vos camarades. Des joueurs de petite catégorie montrent des capacités surprenantes. Le classement n'est pas juste le reflet de la force brute d'analyse. Les performances dépendent d'autres facteurs : La gestion du temps de réflexion, les prises de risque, l'émotivité, le choix des ouvertures, la résistance, les connaissances. 

 

Faire des cours aux adultes est délicat: il faut ménager les susceptibilités. Autant les jeunes, habitués à l'école, acceptent les jugements négatifs et l'autorité des maitres. Autant les adultes n'aiment voir leurs erreurs pointées. Ils sont souvent très fragiles. 

 

Les ateliers d'échecs en écoles privées

Les écoles publiques sont des entités administratives ouvertes à tous et les écoles privées des entreprises.

 

Un métier au coeur de la société. Les enfants étaient des livres ouverts, ils répétaient les phrases entendues chez eux et exprimaient sans détours leurs préoccupations. Leur apprendre les bases du jeu n'avait pas un grand intérêt et les observer me distrayait.

 

Dans les écoles privées limougeaudes, les gosses étaient munis d'un permis à point et lorsque le quota dépassait, la porte se profilait mais les exclusions en primaires devaient être rares.

Les directrices étaient toujours sur le pont. Elles voulaient imposer la discipline et sortaient de leur bureau rouges de colère après les entretiens avec les élèves récalcitrants ou avec les parents revendicatifs.

Une d'entre elles était une vraie fouine et pendant plus d'une dizaine d'années, elle surgissait à l'improviste dans mes cours et la moindre situation équivoque avec les enfants m'aurait valu la porte. Elle me faisait confiance car elle m'a souvent laissé seul avec les enfants dans l'école. Ses visites impromptues me rendaient service car les enfants en avaient aussi peur que moi et je leur disais tout le temps "Attention la directrice va passer! " pour les tenir tranquille. Elle avait quand même fini par me virer sans me dire pourquoi et en me regardant méchamment et çà m'avait un peu peiné. Je m'étais habitué à son air revêche. En tout cas, je n'ai  pas regretté la marmaille.

  

Les écoles publiques centrales étaient désertées par les familles. Les enfants étaient envoyés dans les écoles privées ou dans les écoles publiques des petites villes pavillonnaires environnantes. C'était compartimenté, les ghettos de riches dans les écoles privées, les classes moyennes dans les écoles des villes pavillonnaires et les étrangers et les pauvres dans les écoles de banlieue.

 

Tu commences dans une catégorie sociale et des barrières invisibles t'empêchent d'en changer.

 

Les écoles privées étaient prises d'assaut. Les riches y étaient mais tous ceux qui avaient trois sous devant eux voulaient en être. Même de petits employés municipaux y inscrivaient leurs gamins. Les classes étaient surchargées, le moindre espace était investi pour y installer un élève.


Les riches font des efforts pour l'obtention de diplômes de leurs gosses. C'est la clé pour perpétuer la domination sociale. Ils les inscrivent dans les ateliers d'échecs.

 

Leurs enfants s'exprimaient bien et avaient de l'humour. Les mères catholiques dévouées et leurs ribambelles de gosses trainaient dans la cour à la sortie des classes. Elles s'ennuyaient mais leurs gamins semblaient heureux.

La religion, c'est bien pour les enfants, le Christ qui marche sur l'eau, la petite voix de la conscience chrétienne te dit de faire le bien. Le diable te conseille de faire des bêtises. Une fille du cours préparatoire m'avait raconté son cours de catéchisme, c'était adorable. Arrivé à l'âge adulte, la vie se gâte avec tous les interdits religieux.

 

Les enfants étaient en général aimables; Cela se comprenait, ils n'allaient pas renverser la table. Ils étaient privilégiés, les vacances au bord de la mer en toute saison. A huit ans, ils avaient parcouru la planète. Il n'y avait pas de mépris social chez les petits. Du moins, je ne l'avais pas perçu.

 

J'avais de trop gros effectifs. Les enfants avaient des journées longues. Le soir, ils devenaient pénibles. Certains enfants essayaient de recréer l'ambiance familiale à l'école et moi, pauvre animateur d'échecs, je devais affronter leur agressivité. Que vivaient-ils chez eux pour se mettre dans des états pareils? Les parents étaient occupés professionnellement et les enfants  délaissés. 

Les gamins voulaient le chaos et l'institution voulait l'ordre. Pas le droit de les frapper, de les punir sévèrement, de menacer. Si j'en excluais un, je perdais le montant de son inscription et je n'ai jamais aimé virer les enfants. 

J'étais relégué  parfois dans de veilles cambuses sans véritables issues de secours. Je me demandais: "En cas d'incendie, qu'est que tu fais ? Tu brules avec eux ou t'essaie de te sauver" La directrice m'avait indiqué un couloir lugubre pour fuir sous les toits. Il n'y avait pas de places potables pour mon atelier et ils avaient fini par m'envoyer dans les salles de classes. Les casiers tombaient, il y avait des petits larcins. Je gênais les maîtresses.

 

Tous ces gosses exigeants et agités m'épuisaient. Pas de cours au tableau. Les enfants n' écoutaient pas. Ils regardaient, j'avais l'impression qu'ils avaient compris, mais lorsque je les interrogeais, aucune trace de ce que je venais d'expliquer. Ils avaient des stratégies de simulations. Le travail avec des fiches, en individuel était plus productif. Rarement en collectif ou avec de petits groupes.

 

Il n'y avait pas d'égalité. Beaucoup avaient des problèmes de concentration. Un enfant cherchait la solution d'un exercice pendant deux minutes et ne voulait plus rien faire, considérant ayant avoir produit un effort suffisant. Il fallait le motiver, changer d'activité car il se lassait vite. Dans la même classe, des enfants étaient capables de résoudre des énigmes complexes et de rester concentrés et d'autres, sans volonté, pour qui il fallait un an pour arriver à faire de petits progrès. Les écarts niveaux étaient énormes et cela dès la maternelle.

  

En de rares moments, même les plus retors peuvent montrer un désir d'apprendre et être reconnaissants quand l'enseignant faisait des efforts pour arriver à leur niveau.

  

Parfois des enfants refusaient de jouer avec les autres; Souvent par peur de perdre. Des exercices solitaires ne pouvaient pas les occuper toute l'heure.  Au premier, je racontais en aparté que je lui avais trouvé un adversaire qui n'avait jamais gagné une partie, qu'il savait à peine bouger les pièces, qu'avec lui, la victoire était assurée. J'allais voir le second élève et je faisais le même discours, j'arrivais ainsi à les faire jouer ensemble.

 

Les échecs  est un jeu de société. Lorsqu'ils jouaient, je voyais apparaître dans la classe les clans, les violences, les exclus , les doués, les meneurs, les élèves en difficulté d'apprentissage, les problèmes d'attention.

 

Les élèves pouvaient être répartis en catégories. Les tranquilles, les sages qui dérapaient de temps en temps et un dernier groupe ingérable qui faisait juste de l'opposition.   

Un tableau ordinaire:  Les joueurs étaient appariés par niveau, en respectant les désirs de chacun, quelquefois après pas mal de palabres. Les deux plus terribles jouaient et je restais près d'eux; Quelques enfants tranquilles étaient occupés avec des fiches. Tout d'un coup, plusieurs querelles éclataient  et j'étais débordé. Le son montais. Repli sur la ligne rouge : Pas de jets de pièces ni de grossièretés. Si quelqu'un passait dans le couloir, j'allais encore être mal vu. 

  

Une heure d'atelier me donnait la migraine, je n'avais jamais pu m'en défaire malgré mes efforts pour aborder les cours avec sérénité. Douze casseroles sur le feu, une sollicitation constante.  

   

Une météo changeante. Je partais à l'école déprimé en pensant retrouver leurs gnangnans, leurs caprices et toutes leurs histoires puériles et le cours se passait bien.  

 

Ils avaient accru la sécurité à cause des attentats. Ils avaient installé des caméras à l'entrée des écoles. Les entrées et sorties étaient notées. La société penchait à droite, l'école privée aussi.

Le vote rassemblement national était important dans la communauté catholique dixit La Croix.

Le repli sur soi communautaire était sensible. 

 

Il y avait une contradiction, ils voulaient le salut au drapeau, l'église, la famille unie, l'ordre et la discipline pour le pays. Pour eux, la fête sans interruption, aucune restriction, les divorces, les familles recomposées, les affaires sans entraves.

 

Nombre d'enfants étaient tourmentés et sans repères. 

 

Des gamins jouaient aux royalistes contre les républicains dans la cour. En CM2, ils commençaient à être snobs. J'avais dit à un enfant que les royalistes, cela n'existait plus. Il m'avait répondu en souriant: « Mon père a plein d'amis royalistes». Mince alors, un directeur administratif. 

  

Il y avait de bons points. Les enseignantes répétaient aux enfants les principes moraux et cela avait un effet bénéfique. Je n'avais pas vu de violence physique et les enfants handicapés semblaient intégrés.

J'avaient les mêmes élèves durant plusieurs années; Pas de cours séquencés comme dans le public. J'étais mieux payé sans gagner des fortunes.

 

Les maîtresses étaient marquées par la fatigue. Elles avaient de petits salaires et travaillaient beaucoup. Durant l'interclasse, elles faisaient travailler les élèves en difficulté.

 

La tendance était conservatrice: Une maîtresse fit l'éloge d'un élève devant ses camarades. Pour un exposé sur les travaux publics, sa mère avait acheté pour des centaines d'euros de gros jouets métalliques: Des grues, des camions, des bulldozers sur toutes les étagères de la classe. Je trouvais l'étalage ostentatoire mais l'enseignante était aux anges.

 

La professeure de la salle attenante débarqua dans mon cours, fâchée. Un élève jouait seul et suicidait ses pièces et en parlait haut et fort. J'avais déjà vu ce genre de comportement. Il n'était pas heureux, sa soeur m'avait montré une marque de main sur sa figure et j'avais supposé un père violent. L'institutrice avait regardé l'élève avec de gros yeux. Pour la maitresse religieuse, le suicide était un tabou.

A l'inverse, je pensais le jeu comme une échappatoire et je laissais libre cours aux enfants d'exprimer leurs émotions.

C'était une bonne maîtresse, elle rassurait les petits avec ses lignes directrices claires et bien établies. Un autre jour, j'avais sa classe mais les enfants avaient changé de comportement, ils étaient agités, je n'arrivais rien à en faire. Elle était en congé et sa remplaçante les avait rendu nerveux.

 

 


cours d'échecs

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