Championnat de France, Agen, août 2017

Michel SAUCEY

Je me suis inscrit dans la nouvelle catégorie: Senior plus. Je donnais des cours particuliers le matin et je n'aurais pas eu le temps de faire de préparation si j'avais fait l'accession.

Les anciens manquent d'énergie. L'avenir sera moche :

Vous êtes au milieu du bal, vous commencez à vous amuser et votre partenaire s'éclipse discrètement vers la sortie. Vous vous retrouvez tout seul avec la feuille de partie signée à la main. Pour mes adversaires, il y avait différentes manières d'éteindre la lumière. Après trois heures de jeu, soient ils faisaient une gaffe, soient ils prenaient des océans de temps pour finir par perdre à la pendule, soient ils jouaient une série de coups très moyens montrant qu'ils avaient décroché. Il faut connaitre ses limites. Si vous savez que vous avez que la moitié du plein dans le réservoir, vous écourtez la préparation du matin et vous ne démarrez pas comme une Ferrari. 

Dès qu'il y a trois ronds à gagner, il y a un fort joueur pour les prendre et cet open n'échappait pas à la règle. Deux crocodiles, un maître et un grand maître me surclassait. J'avais l'objectif très raisonnable de finir troisième. 

 

A Agen, le seul endroit ombragé, c'est le long du canal et j'y passais mon temps libre. Je voulais observer des plaisanciers. Le canal passe sur un pont enjambant la Garonne, c'est vraiment étonnant et j'ai dû attendre le dernier jour pour voir un bateau naviguer sur ce pont. Dans ces zones d'écluses, ils avancent au pas de l'oie.

 

La dernière ronde à onze heures m'inquiétait vaguement. J'avais peur d'une fringale au milieu de la partie et je me voyais mal en train de faire la queue au bar pendant que ma pendule tournait. L'intendance joue son rôle aussi dans les parties d'échecs. Je ne sais pas si mon adversaire avait envie de manger à l'heure, mais il s'est gentiment sabordé à la sortie de l'ouverture, ce qui a réglé le problème.

 

Bauer avait demandé des compotes : Petit caprice. L'organisation, indolente, n'a pas suivi. Lorsque Panoramix a demandé des fraises aux romains pour préparer la potion magique, ils se sont démenés mais là, les commissionnaires sont revenus bredouilles, disant avoir trouvé les magasins fermés le dimanche matin.

Imaginez la frustration de Bauer, grignotant des biscuits secs, tout ce qu'il a pu trouver dans le buffet offert des joueurs du national et voyant la paire de fous de Bacrot lui détruire sa position. Après sa défaite , tous ses espoirs rincés, dépité, il a lancé aux organisateurs un cinglant : "Merci pour les compotes !". Amusant qu'un gars qui vient de laisser filer le titre de champion de France s'inquiète de ce qu'il a raté au petit déjeuner.

 

Michel SAUCEY

A la remise des prix, il n'a pas voulu figurer au pied du podium sur la photo. Il est parti, furibard.

 

Maintenant, le débat est lancé sur cette épisode des compotes. Sachant le caractère fugace des prises de décisions aux échecs. S'il avait eu ses compotes, Bauer se serait-il senti plus à l'aise et aurait t-il tenu la partie?

  

 

Au début du tournoi, il avait une avance confortable et Fressinet et Bacrot semblaient jouer les touristes. Ils ont tout gardé pour le final. Les tournants du championnat : Bacrot gagnant une partie contre Chabanon à l'usure, comme un joueur d'open en passant dans un trou de souris et Bauer ratant le gain contre Gharamian.  Les derniers jours ont été une descente aux enfers pour Bauer, avec ou sans compote.

 

Chez ces champions, la maison échecs est bien tenue, toutes les variantes bien rangées, cela accapare leur attention et ils montrent peu d'intérêt pour les soucis de la vie quotidienne, ce qui les rend vulnérable. Pour "les gens normaux", c'est  juste l'inverse.


Le caisse centrale des activités sociales de Peyrat le Château, août 2017

Michel Saucey

 

Petit, j'étais allé dans une colonie bas de gamme mais je n'étais pas propre et j'aimais embêter le monde. L'animateur principal m'avait annoncé, le jour du départ, n'avoir jamais vu un enfant aussi pénible de toute sa carrière. Il y a des gens, quand ils disent qu'ils ne vous aiment pas, cela vous fait presque plaisir. Mes camarades m'avaient réveillé pour me faire entendre le raffut qu'il faisait la nuit en baisant une monitrice.

J'avais du mal à supporter la journée séquencée. Les consignes de la vie commune. J'avais vraiment fait du bazar dans cette colonie et un moment, j'avais toute l'équipe sur le dos. Ils m'ont laissé tranquille et à la fin, je commençais à m'adapter. Pour moi, l'orage était passé, J'étais presque rentré dans le rang et la rancoeur de ce moniteur m'a surpris.

 

Mon frère, très sociable, était revenu d'un autre séjour enchanté avec un cahier rempli d'adresses de ses copains.

 

Je n'ai jamais voulu y retourner et  arrivé adulte, j'ai évité les emplois  de moniteur de colonie.

 

La CCAS est connectée avec les échecs. Elle organise chaque année un festival d'échecs au Cap d'Agde et de nombreux intervenants échecs sont embauchés dans ses centres de vacances. Mon président de club était directeur de la colonie. Il a ouvert toutes les portes pour que je puisse obtenir cette mission temporaire d'animateur d'échecs dans le centre.

Le thème du séjour était art et nature ; Après tout , les échecs sont un art. Vous pouvez contempler la beauté des raisonnements et des combinaisons.

 

Avant l'arrivée des pensionnaires, nous avons eu des journées d'intégration. Le directeur nous a servi le discours des fondateurs du CCAS , mélange d'humanisme et de collectivisme.

 

Cet  idéal a été entaché lors de la condamnation des cégétistes pour leur gestion calamiteuse de la caisse. La honte pour le drapeau rouge. Ce n'est pas Germinal au Cap d'Agde pour les syndicalistes, ils se promènent en Harley . Les petits poulets sont bien arrosés.   

 

Ensuite, le directeur, très versé dans la psychologie est devenu le maitre de jeu. Il nous a demandé de faire , en tête à tête,  des compliments aux autres éléments du groupe. N'étant pas très mondain, j'ai trouvé l'exercice difficile. Je voyais dans les yeux de mes interlocuteurs l'envie d'être flatté mais je cherchais les mots, c'était vraiment raté.

Quand cela a été mon tour de recevoir les éloges , idem, ils m'ont servi des banalités sur le jeu d'échecs et j'étais très déçu. Quelle force ce besoin de reconnaissance ! Même auprès d'inconnus.

 

Ensuite, il nous a demandé de nous souvenir et d' exprimer un moment de joie depuis notre arrivée dans le centre.

Quelques moniteurs ont affirmé avoir adoré leur première entrevue avec le directeur.  Certes , il était enjôleur mais étaient ils sincères ou des lèche-culs ? Evacuaient ils la question ou se moquaient ils ? J'étais perplexe.

 

D'autres jeux de rôles ont suivi. Celui du dominant et le dominé. Une personne à genoux par exemple et deux autres debout le regardent avec sévérité ; Un animateur n'a pas pu faire ces figures. Des difficultés à gérer ses émotions. Il a expliqué être en colère car il arrivait d'un autre centre où il avait eu des soucis. Le directeur l'a persuadé de quitter la colonie.

Content de lui, le directeur m'a expliqué qu'avec ces jeux anodins, à tous les coups, il identifiait  les profils difficiles, inaptes à la vie commune et à avoir la responsabilité d'enfants.

Un mode d'éviction discutable. J'étais mal à l'aise. Dans le manège aux compliments, j'avais dit à cet animateur qu'il s'intégrait bien dans le groupe.

 

Un autre moniteur a voulu quitter le séjour pour des raisons personnelles. Le directeur a appelé un jeune qu'il connaissait pour remplacer. Question règlementaire. Tant d'enfants par animateur.        

 

Le centre CCAS de Peyrat est dans un paysage de forêts proches du lac de Vassivière. Les locaux sont vieillissants. La piscine du centre hors d'usage  était remplie d'une eau saumâtre, un crève coeur. Des travaux de gros oeuvre pour la remise en état du centre étaient nécessaires.

 

Le sous directeur avait inventé un jeu de langage de signes basé sur des réflexes plutôt débile mais il en était très fier. Chaque jour,  il réunissait tous les enfants sur la pelouse pour y participer.

Dans son atelier de travaux manuels, il faisait construire des petits moulins. Ces éléments décoratifs restaient dans le jardin. Il voulait les retrouver lors de son prochain passage, l'année suivante. 

Je me méfiais de lui car il avait proposé, lors de la première réunion, de reléguer l'atelier d'échecs dans un coin peu passant très isolé. J'en ai parlé au directeur qui m'a installé à coté de la bibliothèque, au milieu du centre; C'était parfait. J'ai n'ai plus d'assisté aux réunions. J'y perdais mon temps. Je n'ai pas le goût des luttes de pouvoir dans les espaces clos.

Ce sous directeur n'était pas méchant, juste égocentrique. Il s'entendait difficilement avec le directeur. Ils avaient deux personnalités fortes très différentes. Il s'appliquait dans son travail, la deuxième semaine, il criait sur les animateurs lorsqu'ils étaient trop lâches sur la surveillance des enfants.

 

Les enfants accueillis étaient de classe moyenne voire supérieure. Le même genre que ceux que je vois dans les écoles privées. Les employés de ces grandes entreprises de l'énergie sont des privilégiés.

 

Il y avait un petit pourcentage d'enfants des quartiers. C'est une caisse sociale quand même ! Je ne sais pas s'ils ont reconnu quelqu'un de leur milieu,  en tout cas, ils venaient beaucoup jouer aux échecs.

 

Les enfants choisissaient les activités mais pour les échecs, nous avons proposé au minimum une initiation à chacun. Arrivées à dix ans, souvent, les filles ne veulent plus sortir des activités étiquetées féminines. Là, au moins, elles ont eu un aperçu.  

Les gamins, pour la plupart, avaient suivi des cours d'échecs dans d'autres centres et avaient un bon niveau. Certains passionnés auraient joué toute la journée.

Un après midi, j'ai organisé un jeu en équipes avec la pendule à cinq mètres de l'échiquier. Au début de l'activité, j'ai prévenu qu' il faudrait courir et ils n'étaient pas très décidés. Quand les pendules ont été lancées, les voilà à courir comme des perdus. Avec les enfants, il faut cacher l'effort dans le jeu.

J'ai travaillé sur du velours sous la protection de cet étrange directeur. Pour une fois, l'atelier d'échecs était au centre des attentions. Des enfants reposés, aimables, curieux, participatifs.

  

L'équipe d'animateurs, souvent des enfants de cadres supérieurs Engie ou EDF avaient de belles personnalités : Des étudiants de troisième cycle. Ils montaient des projets d'animation ambitieux. Ils ont dépensé beaucoup d'énergie. C'était embêtant, cette piscine hors d'usage mais ils ont compensé avec beaucoup de chaleur humaine et de créativité.

Le soir, après l'extinction des feux, vers 22 h 30, ils faisaient le bilan de la journée et préparaient le planning du lendemain. Malgré leurs journées chargées, ils faisaient les fous la nuit dans la salle commune. A la fin du séjour, ils étaient blancs de fatigue;

 

De nombreuses normes à respecter ralentissaient la vie du centre. Visite médicale à l'arrivée pour les enfants. En cuisine, ils ne devaient rien garder et tout jeter. Plein de règlements pour les sorties. Une alerte incendie. L' appel fréquent. 

 

Le personnel du centre m'a fait bon accueil. Le matériel était obsolète. Une table de pingpong est tombé sur une femme de ménage, la blessant légèrement. C'étaient des gens expérimentés . Désabusés, ils ont évoqué leurs beaux souvenirs de camps en toile dans la nature avec des chevaux, du temps de la splendeur de la CCAS.

Ils étaient les seuls à ne pas être de la maison énergie dans cette histoire. Les cuisiniers avaient un beau budget et aimaient leur métier ; Tout était fait sur place. Une restauration collective de qualité.

 

L'alcool était interdit, une mesure impopulaire. Le directeur m'avait expliqué la raison. Lors d'un précédent séjour, il avait vu ses animateurs, vautrés sur l'herbe un lendemain de cuite, interpeller les enfants vulgairement pour qu'ils se calment. Une scène choquante qu'il ne voulait pas revivre.

 

Le directeur ne manquait pas une occasion de me mettre en avant. Au réfectoire, durant le activités, il me flattait devant tout le monde. Ce directeur omniprésent avait un grand pouvoir de persuasion sur le  groupe. Ce n'était plus un manager, c'était un guide. Il imposait son champion ou écartait celui qu'il trouvait indésirable, comme ce petit animateur à la première session. Quand je suis parti, les enfants commandés par le directeur m'ont fait une haie d'honneur. J'étais mal à l'aise, je savais que cette gloire était construite.

 

Le directeur larmoyant était incapable de retenir ses émotions au départ des enfants. Il ne supportait pas de voir le groupe d'animateurs dans lequel il était en immersion depuis quinze jours se défaire ; Il s'impliquait trop, je trouvais çà malsain.

 

Animateur, vous ne devez pas vous attacher, du moins ne pas exprimer vos sentiments. C'est comme cela que j'ai appris mais c'est un métier fluctuant ; Les codes changent en fonction des institutions, des publics, des opinions politiques ou religieuses des encadrants.

 

J'ai travaillé plus de quinze ans dans une école privée sous les regards inquisiteurs d'une directrice  trop marquée par les vilaines histoires de prêtres. Il fallait garder les distances , ne montrer aucun affect , ne pas dire un mot équivoque. 

 

Avec ce directeur chialeur, c'était une autre planète  mais aurait il réussi à son propre test d'admission ?  

 

 

Nontron, un open de père de famille, juin 2017

cours d'échecs

Le tournoi s'est joué dans une salle du lycée de la ville. Une cinquantaine de participants sont venus chercher leur dose d'adrénaline un jour d'élection.

 

TravoIta, le magasinier se transforme en roi de la piste le samedi noir.

Durant la semaine je rase les murs, mais dimanche, c'est carnaval. Je suis un des mieux classés. Je fais  partie des notables dans le petit monde des joueurs d'échecs locaux et je veille au respect de l'ordre établi. A Nontron, il a bien eu quelques tentatives de rébellion mais la hiérarchie a été respectée.

Un danger est la suffisance. Les adversaires battus à de nombreuses reprises, je ne les prépare pas et à pense que je peux leur jouer n'importe quoi. Je me retrouve dans des positions impossibles.

Mes filles Capucine et Miléna sont venues avec moi, un tournoi en famille. Nous avons échangé quelques souvenirs avec certains joueurs qui les ont vu évoluer petites. Elles n'ont pas trop pas perdu la main, après une longue interruption.

Open de Limoges, mai 2017

Cours d'échecs

Après une dizaine d'années d'interruption, due à une politique du club limougeaud tournée vers les amateurs, les affaires reprennent timidement à Limoges.

 

Un petit open, à deux pas de chez moi, une salle spacieuse et bien aérée.  

 

Je finis deuxième après un parcours en dent de scie. Champion du limousin!

 

Certaines éditions du championnat du limousin ont été plus confidentielles. Une époque, nous faisions un toute ronde étalé sur plusieurs journées. Notre dernière partie avait été reportée. Nous étions deux joueurs au club au centre culturel et les agents techniques passaient. Mon adversaire, devant sa position pourrie s'était énervé: " Faites moins de bruit ! vous ne vous rendez pas compte, nous jouons la finale du championnat du limousin! ". Les gars s'en fichaient , évidement. Après sa défaite, il m'a félicité solennellement. C'était ridicule mais j'étais content d'arriver au terme de ce tournoi interminable et je pensai au chèque que j'allais pouvoir réclamer au président de ligue.

 

 

Impressions sur Belfort, avril2017.

Un championnat de France jeune, pour les entraîneurs, c'est huit jours dans la salle d'analyse. Le matin pour les préparations et l'après midi pour l'analyse des parties. Nous sommes noyés dans une marée humaine. Chaque entraineur suit plus d'une dizaine d'élèves. 

 

 

Quand j'avais regardé la brochure de présentation, j'avais tiqué car la salle d'analyse allait être sous chapiteau. Il vaut  mieux des bâtiments avec des espaces séparés par ligue.

Les villes ne disposent pas de locaux fermés assez grands pour accueillir autant de participants. Les entraineurs sont toujours les relégués.

 

Le sol couvert de graviers, le piétinement de la foule emplissait le chapiteau d'une fine poussière blanche. Cà me faisait penser à un camp de réfugiés. Plus le froid et le bruit, des conditions infectes. Les collègues continuaient à prodiguer leurs conseils. Ils acceptent tout. Il n'y a pas de collectif chez les entraineurs, ils se font exploiter dans ces conditions indignes.

Michel Saucey

Avec la ligue nouvelle aquitaine, nous avons fait une de colonie  sur les échecs . Avec la fusion des régions, les bordelais ont pris le pouvoir et ont imposé leurs méthodes et leurs cadres. 

Six entraîneurs, des parents, une quarantaine de jeunes. Tout ce petit monde en communauté dans un lycée pendant la semaine des championnats. 

La fédération a ouvert grand les portes des qualifications, nous battons les records de participation. Plus de mille trois cent participants cette année. 

 

Les jeunes ont les mêmes problèmes émotifs que les adultes. Durant leurs parties, ils sont indécis, influençables, froussards. Plus les problèmes d'attention et de mémoire. 

 

Dans un open, si vous êtes à trois sur sept, vous vous détendez. La prochaine ronde, vous aurez un appariement facile.

Dans ces championnats, il y a un plein d'entraîneurs et vous pouvez encore tomber sur une préparation bien ficelée.

 

Un collègue faisait de la psychologie : « Tu as un gros effort de concentration à faire à quatorze heures. Tout ton emploi du temps de la journée doit être fait pour arriver dans les meilleures conditions possibles pour cet instant là : Aller faire quelques foulées au stade le matin et bien rester concentré » . Ils n' écoutent pas, complètement insouciants.

A l'école, si l'enfant fait une bourde mais que le raisonnement est bon, l'exercice est validé. Aux échecs, si vous jouez mal: Vous perdez. Un enfant doué mais distrait connaîtra la défaite. Les entraîneurs rassurent, encouragent, consolent.

Michel SAUCEY

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